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La crisi della regione dei grandi laghi - 5 domande a Filip Reyntjens

Un intervista a Filip Reyntjens sulla crisi della regione dei grandi laghi.- Il documento svela i misteri e gli intrighi dell’assassinio del Presidente Habyarimana e l’inizio del genocidio ruandese.

Cinque domande per mettere a nudo la personalità del Presidente Kagame e l’identità dei suoi sostenitori.

Cinq question à Filip Reyntjens(*)

1. Est-ce que le Général Paul Kagame est intouchable? 

C’est évident. Si un officier du Fpr est poursuivi, pour sa défense il se référera à ses supérieurs hiérarchiques, et cela jusqu’au sommet. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a une autre épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de Kagame : l’instruction menée par la justice française sur l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana en 1994, événement qui a donné lieu au génocide. Il y a trois mois j’ai eu quelques réunions de travail avec le juge d’instruction français Bruguière. Il venait de terminer son travail. Son dossier vient d’être transmis au parquet. Brugière m’a dit littéralement : « Bientôt vous connaîtrez le résultat de mon enquête. Le monde entier sera très surpris, et Kagame très en colère ». Un journaliste du journal «Le monde» est le seul à avoir lu le rapport. La conclusion est sans ambages : l’avion français de Juvénal Habyarimana a été abattu par le Fpr sur ordre explicite de Kagame. Un collègue professeur français, André Guichaoua, va encore plus loin. Selon ses informations qui proviennent des milieux proches du Fpr, Kagame aurait délibérément développé une stratégie de la tension : c’est lui qui a mis les extrémistes hutus sur le sentier du génocide ; l’extermination des tutsis résidant au Rwanda n’était pour lui qu’un calcul tactique pour qu’il puisse prendre le pouvoir. Une confirmation de cette hypothèse rendrait le Fpr et son chef juridiquement responsable du génocide de 1994. Mais la preuve irréfutable doit encore en être fournie. Le parquet français met en accusation des personnes.

2. Vous appelez Kagame « le plus grand criminel de guerre en fonction » !

A trois reprises, le Fpr a violé de façon massive les droits de l’homme au Rwanda en 1994, en République démocratique du Congo en 1996-1997 et de nouveau au Rwanda en 1997-1998. En ce qui concerne le Rwanda 1994, je n’ai personnellement pas d’indication que le Fpr se soit rendu coupable de génocide, mais de très nombreuses preuves de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis par cette organisation existent. Les éléments au Congo, deux, trois années plus tard, sont bel et bien un génocide : c’était une extermination en règle des réfugiés pour la raison qu’ils étaient hutus, d’abord à Tingi-Tingi, puis au Sud de Kisangani dans la région de Bunde, et finalement à Mbandaka. Un groupe de travail de l’Onu a examiné la question et est arrivé à la conclusion suivante qu’il n’y avait aucun doute qu’il s’était agi de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Le groupe a suggéré une enquête plus approfondie sur l’intention dernière de ces crimes pour pouvoir les qualifier de génocide ou non. Malheureusement cette enquête approfondie n’a pas encore été réalisée jusqu’à présent. Le bain de sang dans le Nord-Ouest du Rwanda en 1997-1998 n’était rien d’autre que la répression très brutale d’une révolte organisée à partir du Congo par les précurseurs des Fdlr. Des dizaines de milliers de civils innocents ont été massacrés en ce moment-là. Comment appelle-t-on pareille chose » ?

3. Vous avez déclaré que les Hutus ne continueront pas à encaisser et que de nouvelles violences à grande échelle se préparent. S’agit-il d’un nouveau génocide ?

Je n’ose pas utiliser le terme génocide parce que certaines conditions juridiques doivent être remplies. Mais ne cherchons pas la petite bête ; il s’agira de crimes aussi grands avec autant de victimes. Les hutus vont riposter, dans deux, cinq ou dix ans ? Un nouveau drame se prépare, et la Communauté internationale ne semble pas en être consciente. Je l’ai déjà souligné dans mes publications internationales mais jamais personne ne m’a dit: «ceci est de la foutaise ». Non, on préfère se taire. Et moi je continue à être invité au ministère des Affaires étrangères, à Washington, Londres, Paris, Berlin et La Haye. Et vous savez, parfois même à Bruxelles. 

4. Kagame vous a qualifié de « révisionniste ethnique »

J’étais particulièrement honoré quand dernièrement dans « Le Soir illustré », Kagame m’a qualifié de personnage minable. Mais dans le même article, il a cité sept fois mon nom (ndlr : le Prof Reyntjens éclate de rire). Non, Kagame ne pouvait pas ne pas dire cela, je suis une tique dans sa peau. Même un scientifique peut faire une campagne qui fait mal. Et je le fais, je dois le reconnaître, comme à l’époque j’ai rendu la vie difficile à Habyarimana ».

5. Combien de temps Kagame pourra-t-il encore bénéficier du soutien américain ?

En ce moment-ci, Kagame est beaucoup plus menacé de l’intérieur que de l’extérieur. Je n’exclus pas un coup d’Etat. Trop d’officiers supérieurs se sentent menacés. Pour Kagame, ce danger est beaucoup plus grand que les Fdlr ou les Britanniques ou encore les Américains. Les Américains ont d’abord soutenu la déstabilisation du Congo, entreprise par Kagame, mais aujourd’hui ils le regrettent fortement. Aujourd’hui les deux parties sont arrivées au compromis suivant : Kagame doit abandonner ses rêves d’annexion d’une partie du Congo et en contrepartie les Américains acceptent qu’il garde le pouvoir au Rwanda et qu’il fasse dans ce dernier pays pratiquement ce qu’il veut. 

(*) Professeur à l’Université d’Anvers

 

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